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Emotions Résiduelles

Chroniques du pire et du meilleur

Publié le par Patrice Rey

Le voyageur

Le voyageur

En quittant son village il ne se doutait pas,
Du périple incroyable qu’il allait entreprendre,
Sa fougueuse jeunesse, avait su mettre au pas,
Toutes les objections, que l’on lui fit entendre.
Malgré tous leurs efforts, ses parents n’avaient pas,
Su trouver l’argument, qui le fasse descendre,
De son petit nuage, pour qu’il ne parte pas,
Chasser cette chimère, que nul ne saurait prendre.

Mais il était rêveur, et son sac sur l’épaule,
Il partit un matin sur les chemins du monde,
Convaincu de trouver, sans carte ni boussole,
Le bonheur volatil qui partout vagabonde.


Sur les chemins de terre, il marcha sans relâche
A travers les déserts, les forêts et les plaines.
Il y connut la soif et la faim qui arrachent,
Aux estomacs trop vides, des complaintes de peines.
Il apprit le danger, d’être seul, sans attaches,
Livré à la misère et la bêtise humaine,
Et lorsqu'il vit la mer, en une immense tâche,
S’étaler sous ses yeux, il connaissait la haine.

Mais il était rêveur, et son sac sur l’épaule,
Il partit un matin sur les chemins du monde,
Convaincu de trouver, sans carte ni boussole,
Le bonheur volatil qui partout vagabonde.


Il s’embarqua alors, sur un rafiot sans âge,
En payant à prix d’or, un passeur sans scrupule,
Qui jurait, devant dieu, connaître le passage,
Conduisant à l’Europe, et ses doux crépuscules.
Mais l’esquif vermoulu, craquait à chaque étage,
Et le sale équipage, composé de crapules,
Se sentant menacé, par l’ombre du naufrage,
Abandonna en mer tous ces gens trop crédules.

Mais il était rêveur, et son sac sur l’épaule,
Il partit un matin sur les chemins du monde,
Convaincu de trouver, sans carte ni boussole,
Le bonheur volatil qui partout vagabonde.


Sur la mer sans limite, ils dérivèrent ainsi,
Sous un soleil de plomb, sans eau et sans espoir,
Asservis à Neptune, qui leur suçait la vie,
Se demandant sans cesse, s’ils tiendraient jusqu’au soir.
C’est après onze jours d’une lente agonie,
Onze jours de terreur, de pleurs, de désespoir,
Qu’il aperçut enfin, les côtes d’Italie,
Venues à sa rencontre, par pur et simple hasard.

Mais il était rêveur, et son sac sur l’épaule,
Il partit un matin sur les chemins du monde,
Convaincu de trouver, sans carte ni boussole,
Le bonheur volatil qui partout vagabonde.


Comme c’était en France, qu’il souhaitait se fixer,
Il lui fallut encore payer un transporteur,
Qui au fond d’un camion le laissa s’installer,
Dans un vieux container, avec trois voyageurs.
Quand la caisse s’ouvrit, il crut être arrivé,
Mais ce fut des képis, qui lui firent l’honneur,
De le faire descendre et de l’emprisonner,
Dans ce centre fermé, ce centre de malheur.

Car il était rêveur, et son sac sur l’épaule,
Il partit un matin sur les chemins du monde,
Convaincu de trouver, sans carte ni boussole,
Le bonheur volatil qui partout vagabonde.


Aujourd’hui il attend, depuis près de sept mois,
Au fin fond d’une geôle, qu’on veuille l’expulser.
Il sait bien à présent, qu’il n’a pas plus de droits,
En France que chez lui, et se sent humilié.
Humilié d’avoir cru, qu’il existe un endroit,
Où les hommes sont libres, où l’on peut exister.
Humilié que l’on juge, qu’il ne mérite pas,
Malgré tous ses efforts, de vivre à nos côtés.

Car il ne rêve plus, de porter à l’épaule,
Son sac en bandoulière sur les chemins du monde.
Il sait bien aujourd’hui, que pas une boussole,
Ne pourra le guider, pour sortir de la ronde.

Publié dans Révolte

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